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Droit de la famille

Violences conjugales : procédure, ordonnance de protection et aides

Les violences conjugales constituent un fléau qui touche des centaines de milliers de personnes en France chaque année. Ce guide complet vous explique les démarches pour porter plainte, obtenir une ordonnance de protection et accéder aux aides disponibles. Vous n'êtes pas seul(e) : la loi vous protège.

·10 min de lecture

Les violences conjugales en France : un fléau reconnu par la loi

Chaque année en France, on estime que plus de 213 000 femmessont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Les hommes peuvent également être victimes, même si les statistiques montrent que les femmes représentent la grande majorité des cas. Face à cette réalité, le législateur français a progressivement renforcé l'arsenal juridique pour protéger les victimes et sanctionner les auteurs.

La notion de violences conjugalesest entendue de manière large par le droit français. Elle englobe plusieurs formes de violence :

  • Les violences physiques : coups, blessures, gifles, bousculades, séquestration, et tout acte portant atteinte à l'intégrité physique de la victime.
  • Les violences psychologiques : harcèlement moral, menaces, humiliations répétées, isolement social, contrôle permanent, chantage affectif. Depuis la loi du 9 juillet 2010, ces violences sont expressément reconnues et pénalisées.
  • Les violences sexuelles : le viol entre conjoints est reconnu comme circonstance aggravante depuis 2006. Toute relation sexuelle imposée sans le consentement du partenaire constitue une infraction pénale.
  • Les violences économiques : privation de ressources financières, interdiction de travailler, confiscation des moyens de paiement, contrôle abusif des dépenses.

Il est essentiel de comprendre que ces violences peuvent survenir au sein d'un couple marié, pacsé, en concubinage, ou même après la séparation. La loi protège les victimes quelle que soit la nature du lien conjugal.

Porter plainte pour violences conjugales

Porter plainte est une étape décisive dans le parcours de protection des victimes. C'est un acte courageux qui permet d'enclencher la procédure pénale contre l'auteur des violences.

Où porter plainte ?

La victime peut déposer plainte dans n'importe quel commissariat de police ou brigade de gendarmerie. Aucun service ne peut refuser d'enregistrer une plainte. Depuis 2023, il est également possible de déposer une pré-plainte en ligne sur le site du ministère de l'Intérieur, ce qui permet de gagner du temps lors du rendez-vous en personne.

La victime peut aussi adresser directement sa plainte au procureur de la Républiquepar courrier recommandé avec accusé de réception. Cette voie est particulièrement utile lorsque la victime craint de se déplacer ou si une précédente tentative de dépôt de plainte a été découragée.

Le déroulement du dépôt de plainte

Lors du dépôt de plainte, la victime est entendue par un officier ou un agent de police judiciaire. L'audition doit se dérouler dans le respect de la dignité de la victime. Depuis la loi du 30 juillet 2020, les forces de l'ordre sont formées spécifiquement à l'accueil des victimes de violences conjugales. La victime peut demander à être entendue par un agent du même sexe.

Un procès-verbalest rédigé, que la victime doit relire attentivement avant de signer. Il est important de décrire les faits avec précision : dates, lieux, circonstances, témoins éventuels.

Les preuves à réunir

Pour renforcer le dossier, il est recommandé de rassembler un maximum de preuves :

  • Certificats médicaux : établis par un médecin ou les urgences hospitalières, décrivant les blessures et fixant une durée d'incapacité totale de travail (ITT).
  • Photos et vidéos : des blessures, des dégâts matériels, datées si possible.
  • Témoignages : de voisins, de proches, de collègues ayant constaté les violences ou leurs conséquences.
  • Messages et courriels : SMS, messages vocaux, courriels contenant des menaces ou des aveux.
  • Mains courantes antérieures : elles attestent d'un historique de violences.

Main courante ou plainte : quelle différence ?

La main couranteest une simple déclaration enregistrée par la police. Elle ne déclenche pas de poursuites pénales mais crée une trace écrite utile. La plainte, en revanche, entraîne l'ouverture d'une enquête par le procureur de la République. En cas de violences conjugales, il est vivement recommandé de porter plainteplutôt que de se limiter à une main courante, car seule la plainte permet d'engager des poursuites et d'obtenir des mesures de protection.

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L'ordonnance de protection

L'ordonnance de protection est un dispositif civil introduit par la loi du 9 juillet 2010. Elle constitue l'un des outils les plus efficaces pour protéger rapidement les victimes de violences conjugales.

Qu'est-ce qu'une ordonnance de protection ?

L'ordonnance de protection est une décision rendue par le juge aux affaires familiales(JAF) qui permet de prendre des mesures d'urgence pour protéger la victime et ses enfants, sans attendre l'issue d'une procédure pénale. Elle peut être demandée indépendamment de tout dépôt de plainte.

Les conditions d'obtention

Pour obtenir une ordonnance de protection, la victime doit démontrer deux éléments :

  • La vraisemblance des violencesalléguées (et non leur preuve formelle).
  • Le dangerauquel la victime ou ses enfants sont exposés.

La demande est formée par requête auprès du JAF. L'assistance d'un avocat est recommandée mais pas obligatoire. La victime peut bénéficier de l'aide juridictionnelle pour financer cette démarche.

Les mesures ordonnées par le juge

Le juge peut ordonner un large éventail de mesures :

  • Éviction du conjoint violentdu domicile conjugal, même s'il en est propriétaire.
  • Interdiction d'entrer en contact avec la victime et les enfants, par quelque moyen que ce soit.
  • Interdiction de port d'armeet obligation de remettre les armes détenues.
  • Attribution du logement conjugalà la victime.
  • Fixation provisoire de la garde des enfantset du droit de visite, en veillant à la sécurité de la victime lors des échanges.
  • Fixation d'une contribution aux charges du mariage ou d'une pension alimentaire provisoire.
  • Autorisation pour la victime de dissimuler son adresse et de domicilier ses documents chez l'avocat ou une association.

Le délai de délivrance : 6 jours

Depuis la loi du 28 décembre 2019, le juge doit statuer dans un délai de 6 joursà compter de la fixation de la date d'audience. Ce délai très court témoigne de l'urgence reconnue par le législateur. L'ordonnance est délivrée pour une durée de 6 mois, renouvelable si une procédure de divorce ou de séparation est engagée.

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Les mesures pénales contre l'auteur

Le droit pénal français prévoit des sanctions sévères à l'encontre des auteurs de violences conjugales. Le caractère conjugal de la violence constitue une circonstance aggravante qui alourdit les peines encourues.

Les sanctions encourues

Les peines varient selon la gravité des violences :

  • Violences sans incapacité de travail : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
  • Violences avec ITT inférieure ou égale à 8 jours : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende.
  • Violences avec ITT supérieure à 8 jours : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende.
  • Violences habituelles : jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende (10 ans en cas d'ITT supérieure à 8 jours).
  • Viol par conjoint : jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

Le juge pénal peut également prononcer des peines complémentaires : interdiction de contact, obligation de soins, stage de responsabilisation, retrait de l'autorité parentale.

Le téléphone grave danger (TGD)

Le téléphone grave dangerest un dispositif de protection attribué aux victimes de violences conjugales en situation de très haut risque. Il permet de contacter directement une plateforme de téléassistance disponible 24 heures sur 24, qui déclenche immédiatement l'intervention des forces de l'ordre. Ce dispositif est attribué par le procureur de la République pour une durée de 6 mois, renouvelable.

Le bracelet anti-rapprochement (BAR)

Mis en place depuis 2020, le bracelet anti-rapprochementest un dispositif de surveillance électronique porté par l'auteur des violences. Il déclenche une alerte lorsque celui-ci s'approche à une distance déterminée de la victime (qui porte également un boîtier). Le BAR peut être ordonné dans le cadre d'un contrôle judiciaire, d'une condamnation ou d'une ordonnance de protection.

Les aides et dispositifs pour les victimes

De nombreux dispositifs existent pour accompagner les victimes de violences conjugales dans leurs démarches et leur reconstruction.

L'hébergement d'urgence

Les victimes qui doivent quitter le domicile conjugal en urgence peuvent bénéficier d'un hébergement d'urgencedans des structures spécialisées : centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), foyers d'accueil spécifiques, hôtels sociaux. Le numéro 115(SAMU social) permet d'obtenir une place d'hébergement en urgence. Depuis le Grenelle des violences conjugales de 2019, le nombre de places dédiées a été significativement augmenté.

L'aide juridictionnelle

Les victimes de violences conjugales dont les ressources sont insuffisantes peuvent bénéficier de l'aide juridictionnelle, qui permet la prise en charge totale ou partielle des frais d'avocat et de procédure. En cas d'ordonnance de protection, l'aide juridictionnelle peut être accordée en urgence, sans condition de ressources dans certains cas.

Les associations d'aide aux victimes

De nombreuses associations accompagnent les victimes :

  • France Victimes : réseau d'associations d'aide aux victimes présentes dans chaque département.
  • Le CIDFF(Centre d'information sur les droits des femmes et des familles) : accompagnement juridique, social et professionnel.
  • SOS Femmes Violences Conjugales : écoute, orientation et accompagnement.
  • Les maisons de justice et du droit : consultations juridiques gratuites et orientation.

Le 3919 : numéro national d'écoute

Le 3919(Violences Femmes Info) est le numéro national de référence pour les victimes de violences conjugales. Depuis 2021, il est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L'appel est gratuit et n'apparaît pas sur les factures téléphoniques. Des écoutants professionnels orientent les victimes vers les dispositifs adaptés : hébergement, aide juridique, accompagnement psychologique.

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Violences conjugales et divorce

Les violences conjugales ont un impact majeur sur la procédure de divorce et ses conséquences. Il est important de connaître les spécificités liées à cette situation.

Le divorce pour faute

Les violences conjugales constituent un motif légitime pour engager un divorce pour faute(article 242 du Code civil). Les violences représentent une violation grave et renouvelée des devoirs et obligations du mariage, rendant intolérable le maintien de la vie commune. Le divorce par consentement mutuel reste également possible si les deux parties s'accordent, mais il est rarement adapté en contexte de violences où l'emprise peut fausser le consentement.

L'impact sur la garde des enfants

Les violences conjugales sont un élément déterminant dans les décisions relatives à la garde des enfants. Le juge aux affaires familiales prend en compte les violences pour fixer les modalités de l'autorité parentale. L'exercice conjoint de l'autorité parentale peut être écarté au profit d'un exercice exclusif par le parent victime. Le droit de visite et d'hébergement du parent violent peut être supprimé ou encadré (visite médiatisée dans un lieu neutre).

Depuis la loi du 28 décembre 2019, le juge peut suspendre l'exercice de l'autorité parentale et le droit de visite et d'hébergement du parent poursuivi ou condamné pour violences.

La prestation compensatoire

En cas de divorce, la victime de violences conjugales peut prétendre à une prestation compensatoire si le divorce crée une disparité dans les conditions de vie respectives des époux. Les violences subies et leurs conséquences (arrêt de travail, préjudice moral, frais médicaux) sont prises en compte dans l'évaluation de cette prestation. Inversement, le conjoint violent peut voir sa prestation compensatoire réduite, voire supprimée, en raison des fautes commises.

Le rôle de l'avocat pour les victimes de violences conjugales

L'accompagnement par un avocat spécialisé en droit de la famille est un atout majeur pour les victimes de violences conjugales. Son intervention permet de sécuriser chaque étape du parcours de protection.

  • Conseil et évaluation : l'avocat analyse la situation, informe la victime de ses droits et l'oriente vers la procédure la plus adaptée (ordonnance de protection, plainte, divorce).
  • Constitution du dossier : il aide à rassembler et organiser les preuves pour maximiser les chances de succès devant le juge.
  • Représentation devant le JAF : l'avocat présente la requête d'ordonnance de protection et défend les intérêts de la victime lors de l'audience.
  • Constitution de partie civile : il accompagne la victime dans la procédure pénale pour obtenir la condamnation de l'auteur et une indemnisation du préjudice.
  • Procédure de divorce : il guide la victime dans la procédure de divorce en veillant à protéger ses droits et ceux de ses enfants, notamment en matière de pension alimentaire et de garde.
  • Urgence et réactivité : en situation de danger immédiat, l'avocat peut agir rapidement pour obtenir des mesures de protection dans les délais les plus courts.

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Questions fréquentes sur les violences conjugales

Quel est le délai pour obtenir une ordonnance de protection ?

Depuis la loi du 28 décembre 2019, le juge aux affaires familiales doit se prononcer dans un délai de 6 joursà compter de la fixation de la date d'audience. L'ordonnance de protection est délivrée en urgence lorsque les violences sont vraisemblables et que la victime est en danger.

Peut-on porter plainte pour violences conjugales sans certificat médical ?

Oui, il est tout à fait possible de porter plainte sans certificat médical. La plainte peut reposer sur d'autres preuves : témoignages, photos, messages, enregistrements. Toutefois, un certificat médical constitue un élément de preuve important et il est recommandé de consulter un médecin dès que possible.

Les violences psychologiques sont-elles punies par la loi ?

Oui, depuis la loi du 9 juillet 2010, les violences psychologiques au sein du couple sont expressément reconnues et punies par le Code pénal. Elles sont passibles de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amendelorsqu'elles entraînent une incapacité totale de travail inférieure ou égale à 8 jours.

Le dépôt de plainte est-il obligatoire pour obtenir une ordonnance de protection ?

Non, le dépôt de plainte n'est pas une condition nécessaire pour obtenir une ordonnance de protection. La victime peut saisir directement le juge aux affaires familiales. L'ordonnance de protection relève du droit civil et peut être demandée indépendamment de toute procédure pénale.

Quelles aides financières existent pour les victimes de violences conjugales ?

Les victimes peuvent bénéficier de l'aide juridictionnelle pour financer un avocat, du RSA, de l'allocation de solidarité spécifique, d'un hébergement d'urgence gratuit, et du fonds de garantie des victimes (FGTI) pour obtenir une indemnisation. Le 3919oriente également vers les dispositifs d'aide adaptés à chaque situation.